Un peu d'histoire..
Quiévrain a vu, au cours des siècles, son modeste territoire traversé par d'illustres personnages dont l'histoire a retenu le nom: généraux, princes, rois, empereurs, poètes. Ce qui fut, tantôt un honneur, tantôt un malheur, elle le doit à la position particulière qu'elle occupe dans une contrée, le Hainaut, que Pirenne a justement appelé pays frontière, entre puissances voisines et rivales, la France, royaume puis république, les Pays-Bas, espagnols puis autrichiens.

Dans un livre déjà ancien, Théodore Bernier a relaté quelques-uns des événements mémorables qui ont placé, de loin en loin, la bourgade de Quiévrain dans le cours de l'histoire. Je ne retiendrai que quelques noms et quelques dates, en les complétant par des sources plus récentes (voir la note finale).

Dans la guerre qu'il menait contre les Pays-Bas, le très pieux Henri II, roi de France, après avoir ravagé la vallée de la Meuse, dévasta le Hainaut, où il détruisit les châteaux de Binche et de Mariemont, résidences de Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint, puis, de passage à Quiévrain, en détruisit le château (1544).

Plus pacifique fut le passage de l'une des filles du même Henri II, Marguerite de Valois, reine de Navarre, plus connue sous le nom de Reine Margot. Elle traversa Quiévrain, devant un grand concours de peuple, portée sur une litière et accompagnée d'un somptueux cortège de gentilshommes, de dames d'honneur et d'écuyers de la cour de France (1577).

Le siècle suivant vit plusieurs fois passer Louis XIV dans la marche guerrière qu'il menait contre les Espagnols et les Hollandais. C'est, semble-t-il, après le siège de Condé, en 1655, que le champion des "guerres de Louis XIV, le maréchal de Turenne, après avoir incendié les villages qui séparent Condé de Quiévrain, mit entièrement Quiévrain à sac. Tout fut brûlé, maisons, fermes, le château, qui avait été reconstruit, et jusqu'à l'église elle-même. C'est à ce grand capitaine que la toujours sentimentale Madame de Sévigné appelait le plus honnête homme du monde - qu'un maître de l'éloquence sacrée, Esprit Fléchier, réserva la plus insigne de ses oraisons funèbres. L'église, dont il ne restait que le chevet, fut rebâtie à la fin du siècle. De la Place du Parc, on peut lire, sur le pignon d'une nef, une date en brique: 1699. On doit cette reconstruction à un entrepreneur, Jean Fally (1670-1740), dont les descendants ont assuré, jusqu'à aujourd'hui, de génération en génération, sous le même nom, la continuité d'une entreprise qui est devenue la plus ancienne de Belgique.

Citons encore, parmi les va-et-vient des conquérants, le passage de Napoléon Bonaparte. Le 29 avril 1810, accompagné de l'impératrice Marie-Louise, l'empereur, venant de Valenciennes, entra dans Quiévrain avec son escorte. Il était attendu, sur le pont de la Honnelle, par les autorités locales, les maires des communes voisines, les fonctionnaires du département de Jemappes à la tête desquels se trouvait le préfet. Celui-ci voulut prononcer quelques mots de bienvenue. On rapporte que, très ému, il perdit contenance. Pour le tirer d'embarras, l'empereur détourna son regard d'aigle pour le porter sur le cours de la rivière. Il en demanda le nom au secrétaire communal, M. Durieux. Après quoi, il remonta dans sa voiture de poste, conduite par le mamelouk Roustam, et poursuivit sa route.

En 1831, au lendemain de l'indépendance de la Belgique, Léopold Ier traversa Quiévrain pour se rendre à Compiègne, où il devait épouser Louise-Marie d'Orléans, fille de Louis-Philippe. On le vit encore plusieurs fois passer en diligence à travers le village. A chaque passage (trois ou quatre entre 1831 et 1839), il allait rendre visite au héros local, Eloi-Philippe Debast. Celui-ci, après avoir servi dans l'armée de la République, puis de l'Empire, parcouru toute l'Europe, fait la campagne de Russie et s'être battu à Waterloo, s'était illustré dans la Révolution de 1830 et la bataille de Louvain de 1831, contre les Hollandais. On raconte que, venu inaugurer la gare de Quiévrain en 1842, Léopold Ier pria le Bourgmestre d'aller saluer de sa part la veuve de Debast, en souvenir de cette campagne de 1831.

Après les hommes d'Etat et les hommes de guerre, les poètes.

A la fin du mois d'août 1868, Victor Hugo, avec ses deux fils, Charles et François, et ses fidèles Henri Rochefort, Paul Meurice et Auguste Vacquerie, arrivait de Bruxelles, accompagnant jusqu'à la frontière le cercueil d'Adèle Foucher. Hugo ne voulut pas poursuivre sa route et entrer en France, malgré l'amnistie décrétée par Napoléon le Petit (Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là). Après avoir logé chez l'habitant (en face de la gare, dit-on, à droite de la ruelle), il reprit la route de l'exil.

Quelques années plus tard, le 20 juillet 1872, la même gare vit passer en d'autres circonstances, un autre poète, Paul Verlaine. Peu de temps après son mariage avec Mathilde Mauté, Paul Verlaine avait accueilli chez lui celui en qui il avait reconnu le génie poétique, mais qui devait être pour lui son mauvais génie, Arthur Rimbaud. A eux deux, Rimbaud l'époux infernal et Verlaine la vierge folle s'enfuient à Bruxelles, courent la ville et sa banlieue, jusqu'à ce que l'épouse éconduite, accompagnée de sa mère, vienne rechercher l'époux volage. Dans le train qui les ramène à Paris, Verlaine feint de dormir. A Quiévrain, après la visite de la douane, au moment où le train repart, il sort brusquement du compartiment, entre au buffet de la gare (aujourd'hui la salle des guichets) et écrit à sa femme ce mot: Misérable fée carotte, princesse Souris, vous m'avez tout fait, vous avez peut-être tué le cur de mon ami ! Je rejoins Rimbaud, s'il veut encore de moi après cette trahison. Pauvre Mathilde ! Pauvre Lélian ! Se souvenait-il encore de ce qu'il avait écrit pour sa fiancée, peu de temps auparavant, dans La bonne chanson ?

Sans nous préoccuper de ce que nous destine
Le sort, nous marcherons pourtant du même pas,
Et la main dans la main, avec l'âme enfantine
De ceux qui s'aiment sans mélange, n'est-ce-pas ?

On connaît la suite. Ayant retrouvé le cur de son ami, Verlaine veut le tuer, tire sur lui deux coups de revolver, et le blesse. Deux ans à la prison de Mons, où le silence et la solitude lui rendent l'inspiration:

Il pleure dans mon ceur
Comme il pleut sur la ville.
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon ceur ?

Après cet épisode peu glorieux dont la gare de Quiévrain fut le théâtre, il me reste à vous parler d'un grand poète, qui n'a pas fait que passer chez nous, mais qui y est resté. C'est à la suite d'une grave crise morale, qui faillit le conduire à la folie (Je sens pleurer sur moi l'il blanc de la folie) qu'Emile Verhaeren acquit à Roisin une résidence au château des Bargettes, au bord des bois, des prairies et des champs. C'est là qu'il passait la belle saison, de la floraison des jonquilles à la chute des feuilles. C'est là que, de 1898 à 1914, il écrivait, dans son cabinet de travail, dans ses marches à travers les champs et les villages:

Dès le matin, par mes grand'routes coutumières
Qui traversent les champs et vergers,
Je suis parti clair et léger,
Le corps enveloppé de vent et de lumière.

Ou bien encore en longeant dans les bois le cours de la Honnelle:

L'entendez-vous, l'entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches
Qui sur son cours se penchent
Sa chanson lisse

Le château des Bargettes devint le lieu privilégié où se rencontraient écrivains et artistes. Y venaient Camille Lemonnier, Jules Destrée, et plus souvent que tous, Stefan Zweig qui, chaque année, de 1902 à 1913, séjournait chez Verhaeren durant le mois d'août. On peut penser que c'est à Roisin qu'il composa, en tout ou en partie, le livre consacré à son ami (Verhaeren, 1910).

Pour arriver à Roisin, il y avait à cette époque deux itinéraires possibles. Ou bien, de la gare de Quiévrain, on prenait un tramway à vapeur qui traversait les Hauts-Pays jusqu'à Roisin, ou bien on arrivait à Roisin par le train qui conduisait les voyageurs de Dour à Bavay.

J'ai gardé de mon enfance le souvenir que voici. Il venait parfois chez mes parents un très vieux monsieur qui nous étonnait tous par son allure singulière. Il portait un chapeau de feutre à large bord, il avait un col blanc cassé d'où pendait le nud d'une lavallière. Une longue moustache lui barrait le visage. Des lorgnons lui pinçaient le nez. Monsieur Glineur avait été, au début du siècle, le chef de gare de Roisin. Souvent il avait vu et accueilli Emile Verhaeren sur le quai de sa gare. Il avait conçu pour le grand poète une telle admiration que, par une sorte de mimétisme, il en était devenu l'image vivante. Il raconta un jour, devant moi, qu'il avait vu descendre du dernier train du soir Stefan Zweig, venu rendre visite à son ami. Le chemin est long jusqu'aux Bargettes. Il faut bien le connaître pour ne pas se perdre. Alors, munis d'une lanterne, le chef de gare de Roisin et le grand écrivain autrichien se mirent en route, à travers les bois et les champs. Arrivés dans la courte allée qui conduit à l'entrée de la maison, là même où l'on peut lire aujourd'hui, sur une pierre, les vers du poète:

Elle est humble, ma porte,
Et pauvre, ma maison,
Mais ces choses m'importent.

ils aperçurent, dans l'embrasure de la porte ouverte, Emile Verhaeren qui les attendait.

Sources
Téhodore BERNIER, Quiévrain, Etudes de géographie et d'histoire locales, Angre-Mons, 1886
Henry DORCHY, Histoire des Belges des origines à 1968, Bruxelles, 1968
Paul EREVE, Au pays des deux Honnelles, Mons, 1967
Maurice DUNEL, Verlaine et Rimbaud en Belgique, Liège, 1945
Henri PIRENNE, La place du Hainaut dans l'histoire de Belgique, Mons, 1929
Notes personnelles de Georges FALLY
Un souvenir d'enfance
 

 
Quiévrain

Nombre d'habitants

Hommes: 2.411
Femmes: 2.602


Situé au confluent des deux Honnelles, Quiévrain est d'origine fort antique. On admet qu'il était habité déjà à l'époque gallo-romaine.

Quiévrain fut érigé en commune au XII siècle. Il est bâti au nord de la vallée de la Honnelle, sur le plateau qui s'élève en pente douce vers les Hauts-Pays.

Situé aux confins du Hainaut français et belge et sur les routes de communication entre Mons, Tournai, Bavay et Valenciennes, Quiévrain, de part cette situation, connut de nombreux passages de personnages importants et la présence de troupes de différentes nations.

La puissante seigneurie de Quiévrain qui comprenait également Hensies et Baisieux relevait du Comté de Hainaut. En 1554, apès le sac de Binche et de Mariemont, les troupes françaises du Roi Henri II assiégèrent en partie le château local.

Un château fort entouré d'eau et situé au centre du village, non loin de l'Eglise existait autrefois à Quiévrain.

Quiévrain fut érigé en paroisse en 1148, l'église, construite en 1500 fut dédiée à Saint Martin.

Le Bourg souffrit encore à plusieurs reprises des guerres, en particulier quand, en 1655, le français TURENNE le fit raser.

En 1792, il fit l'objet d'une lutte entre les troupes impériales et françaises pour sa possession.

Un relief des fiefs de la seigneurie de Quiévrain donne la description de ce château vers l'an 1500, c'est-à dire à l'époque où il appartenait à Marie de Lalaing, baronne de Quiévrain.

Le village de Quiévrain formait autrefois une seigneurie qui après, portait le nom de baronnie et dont dépendaient comme arrières fiefs les autres seigneuries de Baisieux, d'Hensies et du Saulçoir.

En 1413, le Seigneur Simon de Lalaing fonda une confrérie dite Saint-Sébastien, composée d'Hommes qui avaient le droit de porter les armes en Hainaut.

En 1790, plusieurs quiévrainois s'engagèrent dans l'armée des patriotes et la commune fut le théâtre d'un combat entre Français et Autrichiens. Les avants postes français se trouvaient sur les terres du Bruil.

En 1830, 73 volontaires de Quiévrain, dont Eloi DEBAST, partirent pour Bruxelles et prirent une part active aux combats livrés pour l'Indépendance.

Un drapeau d'honneur remis en 1831 est conservé à l'Administration communale.

Notre ligne de Chemin de fer, Quiévrain à Mons, a été inaugurée par Léopold er en 1842.

Baisieux

Nombre d'habitants

Hommes: 385
Femmes: 401

Un beau village campagnard, groupant des fermes qui règnent sur 750 hectares de prairies et de terres, à peu près à mi-chemin entre Quiévrain et Angre.

Sur la route de Quiévrain, un massif forestier, "Le Bois de Deduit", un oasis de chaude verdure, rompt un peu la monotonie du paysage.

la Seigneurie de Baisieux, arrosée par les deux Honnelles, fût détenue d'abord par une famille de ce nom avant de passer à la famille de Quiévrain et aux autres lignées qui possèdèrent ensuite la terre deQuiévrain (Aspremont, Lalaing, Bretagne, Croy, Arenberg). Une partie du territoire du village faisait en outre partie de la Seigneurie d'Hensies.

L'emplacement qu'elle occupait s'appelle le pré de Maugré (mauvais gré).

L'histoire du village abonde en faits plutôt dramatiques et calamiteux. En 1364, le château de Maugré abritait Siger II d'Enghien, un des principaux Seigneurs du Hainaut. Le Duc Albert de Bavière, régent du Comté de Hainaut, l'y fit arrêter le 18 mars de cette année, mener au palais du Quesnoy où il eut la tête tranchée.

La forteresse de Maugré fut assiégée et prise en 1396 par le même Duc Albert et en 1423 par sa petite fille Jacqueline de Bavière.

Le Duc d'Alençon le fit raser en 1578.

Le 26 août 1649, Baisieux fut envahi par les troupes de Louis XIV qui le pillèrent et y mirent le feu: deux maisons seulement échappèrent au désastre.

Audregnies

Nombre d'habitants:

Hommes: 366
Femmes: 487

Un des plus pittoresques et avenants villages de la région.

Sur la voie romaine de Bavay en Flandre, là où elle franchit la Petite Honnelle, Audregnies a livré des vestiges de tuyaux en terre cuite, provenant d'aqueducs d'époque gallo-romaine, et des silex du paléolithique.

La Seigneurie appartint successivement aux familles de Harchies, de Lannoy, de Revel, de Roisin, de Preumontaulx, de Bethencourt, de Fontaine, de Bailencourt. Le dernier seigneur en fût, en 1792, le Comte de Barre.

Le château fut saccagé en 1554, après la destruction de Binche, par les troupes du Roi de France Henri II.

La Petite Honnelle s'y insinue en nombreux méandres hasardeux et cascadeurs, entre des arrachements de terrains chaotiques ou de vertigineux talus.

Sa superficie est de 584 hectares. La chausssée romaine, dite de Brunehault, la traverse. Sa place communale est une des plus vastes que l'on connaisse.

Audregnies était autrefois une puissante seigneurie ayant droit de justice. Sur la place publique subsiste le socle de l'ancien pilori.

Le château était l'apanage d'une famille dite d'Audregnies, qui participe aux croisades. Cette lignée s'apparentait à celles d'Harchies, de Ville, de Strépy et on cite comme une branche cadette de la Maison des Hennin Liétard, avec armoiries d'or à cinq branches de gueules.

Allard, seigneur du lieu et de Strépy fonde, vers 1224, le monastère des Trinitaires - cette fondation pieuse se voue au rachat des prisonniers tombés entre les mains des infidèles.

Le château fut détruit lors des révoltes contre Charles Quint, qui donna ordre de le raser.

On raconte que le sire d'Audregnies, désireux d'exercer ses droits, fit bâtir le pilori malgré l'opposition de ses gens.
 
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